Arcadia est devenue Megalopolis : Les légendes prennent fin

La base de cet article, c'est de vous parler de Vannes, et de ce que c'est devenu depuis mon arrivée (en fin 2012).

Mais pour vous situer un peu le contexte et mon regard dessus (ainsi que chez les morbihannais du coin), il faut vous expliquer un peu comment j'étais avant d'aller vers ce que l'on appelait à l'époque : "La ville Bourgeoise".


(Voici le port qui est au creux du golfe, à une époque où il y avait une population plutôt tranquille.)

Autour du golfe, il y a donc deux presqu'îles principales et c'est un peu ce qui a causé le succès d'un énorme tourisme invivable PUISQU’À LA BASE ON ARRÊTAIT PAS DE DIRE QU'IL PLEUT TOUT LE TEMPS H24 JUSTEMENT POUR CONTINUER DE VIVRE EN ARCADIE !!!!!!
Mais je m'emporte... Et donc, j'allais surtout là-bas avant d'y habiter parce que c'était sympa de temps en temps, durant mon enfance, mes parents ayant acheté une petite maison de vacances plus loin vers l'océan. Ma mère étant une bretonne de Ploërmel, ça nous changeait un peu d'aller squatter dans la ferme de ma grand-mère. On alternait donc une vie faite de plage au soleil doux avec la banlieue du 94, dans une cité entourée d'autres, où déjà lors de mon adolescence, il y avait, derrière les HLM, des constructions faites de toits en taule, où des mecs réglaient leurs comptes à coup de fusil comme à Chicago.

Quand je me baladais le soir avec quelques potes, on connaissait pas mal les quartiers et on savait quelle rue il valait mieux ne pas prendre. Et que, tu disais aux petits de pas aller chercher leur ballon derrière les bordures des petits parcs, histoire qu'ils se piquent pas sur une seringue.

Même une fois, en rentrant du lycée où je faisais mes études d'Arts Appliqués (en plein Paris), j'ai eu le flingue sur la tempe parce que certains ne me connaissaient pas, jusqu'à ce qu'un "grand frère" qui avait joué de temps en temps avec moi étant môme leur dise de me foutre la paix.

Vous imaginez donc le bonheur que c'était de partir, dès que l'occasion se présentait, retrouver le petit paradis celtique.

J'ai bien évidemment fini par prendre mon indépendance en vivant carrément dans Paris et dès que l'occasion se présentait à nouveau, j'emmenais des potes et/où des ex en Bretagne avec les clefs de la petite maison.

C'était magique, on faisait gaffe à ne pas écraser un Korrigan, je leur racontais les anciennes légendes celtes et parfois, on allait aussi à Vannes qui commençait déjà à devenir un genre d'eurodisney à touristes, version médiévale folklorique.

J'ai eu ensuite mon histoire avec la naissance de mon gamin et comme ça n'allait vraiment pas dans le couple, j'ai patienté (carrément rongé mon frein même...) pour attendre qu'il ait ses 5 ans (âge où j'estimais qu'en tant que père, c'était bon, je pouvais m'éloigner et tant qu'à faire, en Bretagne).

La logique de 2012 était d'aller quand même dans une ville moyenne assez sympa pour refaire ma vie, sans non plus totalement être dans la campagne. L'idéal se présentait donc comme Vannes et il était toujours possible pour le fiston d'aller faire un tour pas loin avec mes parents dans leur maison quand j'en avais la garde. Je l'ai emmené sur les îles du golfe, on allait aussi de temps en temps voir ma grand-mère à Ploërmel dans les terres. Ça rendait bien sur le tableau. Même si j'avais écrit des impressions d'être mal accueilli au début avec mes sales habitudes héritées de Paris...

Eh ben avec du recul, c'était pas plus mal de me remettre au pas. (Du bagad). Parce que cette ville de Vannes... Oh mais... Déjà, à mon arrivée, un de mes oncles m'avait prévenu de faire quand même gaffe à certains loulous (un breton parle de loulou en terme de racaille, c'est un peu pour dire qu'ils dérangent mais qu'en général, ça reste entre eux).

Sauf que sur bientôt 6 ans... C'est plus des loulous, non... C'est le quartier de Kercado qui te propose le drive en terme de prods (sans déconner, c'est des bagnoles en file d'attente). C'est aller au tabac et lire dans les gros titres des devantures, la dernière grosse saisie de trafic, où l'agression de tel mec qui était là par hasard. C'est ne plus oser sortir seul la nuit. Des tags partout et des punks agressifs devant chaque commerce où l'on vend de l'alcool. Une clinique abandonnée (où j'habitais pas très loin) qui sert de squat. Se méfier de n'importe quel bar en passant à côté. C'est le bordel étudiant tous les jeudis soirs. Et la gare, c'est avoir l'impression d'attendre un RER à Villiers-le-Bel. Quant au tourisme... C'est toute l'année la fête foraine avec en été, l'impossibilité de faire un pas dans la vieille ville. Des nouvelles constructions à n'en plus finir et même une fois y a un mec, un matin, qui a roulé sur le trottoir pour tenter de m'écraser, alors que je fumais simplement ma clope aux petites heures, justement dans le but de profiter d'un peu de calme dehors quand il n'y a presque personne.

Ma rue était derrière le port et j'envisageais bien de me barrer à nouveau. Mais entre temps, comme vous l'avez peut-être lu, j'ai vécu environ un an et demi à faire des aller-retours avec la Gironde (mais dans le Far West, pas à Bordeaux qui fusionne maintenant avec Paris via le LGV). (Ce Far West où chacun fait sa propre loi, qui est bien noté quelque part et qui sera probablement l'endroit d'une fiction Steampunk dans une prochaine nouvelle ou peut-être un bouquin...).

Je voulais donc absolument fuir à nouveau ce que j'avais déjà voulu quitter à Paris. Et je ne savais pas trop où aller. Mes proprios m'ont finalement un peu précipité parce qu'ils ont vendu mon appart (qui doit déjà probablement être racheté pour des locations saisonnières de touristes). Heureusement... Il y avait toujours ce petit endroit appartenant à mes parents. Et un box pas très loin pour y entreposer ce dont j'aurais besoin plus tard.

Vannes est devenue la Megalopolis d'Arcadie. Et le golfe est toujours pris d'assaut en été, surtout avec la pub qui est faite partout.

C'est sûr que quand tu vois ça :


Fallait bien qu'un jour, les rêves s'évadent en nostalgie...

Là où je vis actuellement, entre le golfe et l'océan, on va pas cracher dans la soupe sur les sous qu'apportent les touristes... On en vit quand même... Mais on préfère de loin qu'ils n'arrivent pas en terre conquise. Et ça, c'est un truc vraiment parisien et rennais. Et puis ben les vannetais... C'est un sujet dont on n'aime pas trop parler.

Ce n'est plus une question de chauvinisme... Contrairement à ce que j'ai cru au début en 2013. C'est de la méfiance. Même si les bretons sont très chaleureux quand on a gagné leur sympathie.

Cadeau bonux de linguistique : "Ker" qu'on voit un peu partout en Bretagne en préfixe de certains lieux (y a pas que Kercado heureusement...), ça vient à l'origine du gallois Caer qui était un lieu fortifié. Les romains ont amené leur civilisation et cela a plus donné un sens de "villa". Ker s'applique maintenant pour des domaines, des quartiers, où même le nom d'une petite maison. Et ça va même jusqu'à Nantes.


Commentaires

  1. Alors plusieurs points : Villiers-le-Bel, c'était à 5mn de mon précédent-précédent-chez moi ! Et effectivement... voilà quoi.
    2ème point : chez moi y'a rien de tout ça, c'est la campagne profonde, mais on n'a pas la mer, c'est sûr... juste les chicons et les patates (et la viande rouge à un prix défiant toute concurrence).
    3ème point : le monde va mal. Vraiment. Après Vannes ça reste une grande ville, la preuve : je connais de nom, et mon père a travaillé sur un chantier d'une CPAM là-bas. Et comme toutes les grandes villes... ça part en vrille.
    Allez, tu trouveras tôt ou tard ton havre de paix. Non, havre. Pas Le Havre. Respecte-toi bordel !

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    1. Quelque part, j'y suis presque ! C'est surtout l'été qui est infernal. Mais la beauté du golfe suffit à combler. Et c'est pas forcément évident d'aller comme ça où je me trouve actuellement (Je ne donne même pas le nom de ma ville en publique de 1 : Pour me protéger et également mon grand, suite à mes ennuis. Et de 2 : Pour ne pas en rajouter une fournée de plus touristique aux habitants.) Mais même dans un bel havre de paix comme l'île Maurice, t'auras de la civilisation. Surtout à Lilles, chez Maurice. Quand tu vois que même des tribus amazoniennes ont leur territoire rasé et le poumon de la Terre au passage, oui. Le monde va mal...

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