"Le futur est jetable" (Mais pensez au tri)

Je sors un titre qui est une citation nous venant de la pensée punk des années 80. (Plus précisément cyberpunk, puisque c'était la projection de ce qu'on imaginait chez les punks en 2020.)(Et on disait même "Punk is not Dead" alors que Sonic Youth avait bien raison : "1991, the year punk broke"). Tout ça pour dire qu'en 2020 moins 1, c'est plutôt le punk du coin coin de la rue qui est jetable mais sans le chien, sinon on appelle la SPA. Ce qui justifie au passage, de rajouter des parenthèses sur le tri dans mon titre, rendant le topo plus écolo.

Et donc, le futur est jetable. On peut s'en rendre compte quand on est né en 80 et on hérite de cette idée No Future qui encre Dorothée dans une mémoire résidentielle, quelque part, dans du numérique. Et les K7 jetées, dans nos cellules grises qui fonctionnent soit en nostalgie pour certains, soit sous forme de trip étrange sous LSD pour d'autres. Voilà l'avenir qui nous était réservé.

Le constat au jour de ce jour du jour d'aujourd'hui hui puissance 4 fois hui, c'est que ouais, ça peut se vérifier sur le quotidien pour n'importe quoi. Déjà, même si on aime le papier, on conserve rarement un bouquin et j'ai même donné une bonne partie des miens à la médiathèque (je pense au tri). En avoir un tas alors qu'on plonge pas forcément le nez dedans, qu'on l'ait lu ou qu'on compte le faire... De toute façon, on le retrouvera et si possible piraté en numérique ou même en format audio, c'est plus digeste pour le contemporain. D'autant plus que nous sommes surinformés. Après il y a ceux qui préfèrent vendre ce qu'ils ne veulent plus garder. Donner éventuellement à d'autres générations certains trucs mais surtout les jouets qui finalement, n'intéresseront principalement que les collectionneurs. Tu me trouves un gosse qui reprend mes Mask ou tout autre jouet des séries de ma génération... Je te dis chapeau parce que même le mien qui s'intéresse à regarder des vieux Tati, De Funes et même Colombo avec son papi, constate amèrement qu'on en chiait pour se divertir à mon époque. Mais après avoir vu Toy Story, t'aimerais quand même qu'un objet où t'as foutu une part de ton enfance dedans n'aille pas brûler quelque part où ils ont exilé cette satanée mère de Bambi. Crime horrible de forêt traumatisant, très vite rattrapé par des fins joyeuses et non sense dans toute bonne production de Mickey. Mickey qui dévore Hollywood, Star Wars, chacune de vos informations par le biais de Google, ce dernier qui aime vendre votre vie. Dans le but d'une optimisation de confort : Améliorer ton expérience. (Qu'est ce que c'est glauque comme phrase...). Eh oui. C'est ton ami. Tu lui dois une reconnaissance éteeeeeeeernelle.

Tous ces flash d'info qu'on vous envoie par signal non stop et dont on commence à vouloir se détacher. Et jeter. Et trier. Trier l'information alors que ça déborde. Il n'y a jamais eu autant de burn out qu'en cette période. La télé prend le LGV dans tout ce qui peut l'absorber. C'est normal, elle prenait de la coke et vient maintenant directement puiser la dopamine dans votre cerveau.

On trouve parfois des alternatives. On tente, du moins. Comme utiliser Ecosia en tant que moteur de recherche en espérant qu'ils disent vrai, tels des vegans écoeurés préférant se nourrir de champs bio, disposés juste à côté des autres, bourrés de pesticides. Parce que de toute façon, pour utiliser Ecosia, il vous faudra quand même quelque chose de Google.

On boycotte Amazon mais on fait la grimace. On se retrouve souvent obligés d'y passer quand même. Avec sa dignité plastique bleue (bancaire) parce qu'on a pas les moyens d'acheter ailleurs et puis on est pressés. Quoi qu'on fasse.

Et même en ce qui me concerne, j'ai du mal à avaler que je puisse proposer mes écrits dessus parce qu'une maison d'édition changera mon texte et finira de toute façon, par les vendre là bas. La FNAC et Darty se pacsent également pour te fournir tout ce dont tu as besoin et que tu devras jeter en obsolescence programmée.

Et ce que tu aimes est bien conservé dans tes espaces numériques, jusqu'au prochain piratage. Ou simplement quand tu ne sais même plus quel mot de passe correspond à quelle machine. Que si tu changes de numéro de téléphone, c'est presque perdre ton entité numérique obligatoire. Avec des gouvernements qui espèrent bien penser gentiment écologiquement au zéro papier. En te forçant à plonger la main dans le bocal Fort Boyard où résident les pires programmes nocifs et parasites.

Tout ça sans penser à ceux qui, à cause d'un quelconque handicap, ne peuvent y accéder. Pour l'instant, on ne peut (presque) pas encore jeter ses yeux et en acheter d'autres sur un marché légal, mais ça viendra. Pour les plus riches au début, avec la réalité augmentée en bonus et le serial code qui va bien avec.

Jusqu'au jour du grand DataCrash. Dont on parle depuis des années. Chaque chose nous a été forcée jusqu'à maintenant. Si t'es en avance sur ton temps, personne te comprend. Si tu veux reculer, tu peux plus. Et ce qu'on appelait le DataCrash dans le cyberpunk des années 80, c'était comme on peut l'imaginer bientôt. Bien évidemment, il ne s'agit pas de parler d'une fin totale à un grand réseau. Chaque serveur s'auto dirigeant, certaines IA s'en sortiront. Le terrorisme numérique par ci par là. Quelques bombes disposées à des endroits stratégiques pour simplement couper le courant à des villes entières. Ou tout bêtement aller tirer la queue du Mickey dans ce vaste manège. Qui tourne... Vite. Et nous jette. Ou nous recycle comme l'imaginait le Soleil Vert, film anticipateur.

Donc on jette ce futur qui nous rend la pareille. Œil pour œil, dent pour dent. Et si la nostalgie ne nous reprend pas trop, on jette également le passé. On le trie. Comme le chante si bien Souchon. On avance. Parce que ça peut faire mal de regretter. Tout comme on aime à changer ses souvenirs, effacer sa mémoire. Reformater à notre convenance.

Et regarder l'avenir sans chercher à comprendre l'horizon. En espérant que ce ne soit pas une erreur administrative à la Brazil qui nous a rendu heureux.

Un rêve où l'on aurait dépollué la planète et notre esprit.

Commentaires