Faut qu'on cause.

- Article original de Hanyo Yukirin -

Allez, viens-là jeune homme, faut qu'on cause toi et moi.

Qu'on cause de choses que ta mère ne t'a jamais expliquées, convaincue de l'homme merveilleux que tu es intérieurement.
Qu'on cause de choses que ton père ne t'a jamais expliquées, convaincu que c'est le cheminement normal d'un garçon que de faire ce genre d'erreurs.

On va parler relations hommes-femmes.

Olaaa, je te vois qui te tasses dans ton fauteuil, pas de panique ! On va pas causer psychologie féminine, non non, on va aborder le foufou sujet du sexe.

Pas la peine non plus de bomber le torse et de jouer le coq de basse cour. Posons-nous deux secondes. Parlons d'égal à égale.

Parlons du viol.

Fais attention, je te vois là, déjà à ronchonner, comme si le viol était un non-sujet, un faux problème, une histoire sans fin.

Non, le viol n'est pas le sujet préféré des femmes. Non, les femmes ne hurlent pas au viol toutes les 5 minutes. Et non, les femmes ne sont pas les seules victimes de l'histoire.

Tu vois, tu tends l'oreille. Oui, toi aussi tu peux être une victime de viol.

Eh bah voilà. Tu sers les fesses. On s'est mal compris. Personne n'en a après ton intimité. Encore que oui, ça arrive aussi. Mais là je serais mal placée pour te parler, je ne suis pas un homme, je ne peux pas imaginer l'impact d'un viol sur vous.

Je ne suis qu'une humble demoiselle. Je ne peux parler qu'à mon niveau. Je ne peux parler que de mon vécu.


Or just tell you the story of my gender.

Parce que je chante faux.

Donc. Le viol.

L'homme comme la femme peuvent ne pas avoir envie d'avoir des rapports sexuels. Tu le sais. Y'a souvent des ratés, pour une raison bien simple : hommes et femmes ne fonctionnent pas pareil. Mars, Vénus, mon cul, mais vire ta main de là s'te plait, on n'a pas élevé les cochons ensemble.

Tu as eu une journée de merde ? Tu es fatigué ? Une petite partie de jambes en l'air et ça ira mieux ! Je vais te raconter un secret : nous c'est l'inverse. On a besoin d'une ambiance, d'une humeur.

Pour vous, c'est le traitement miracle à tous les maux. Pour nous c'est le symptôme que tout va bien.

Mais là n'est pas le problème. On parle, on comprend, on essaie, et face au mur on lâche l'affaire. C'est bien.

Et pourtant, parfois, t'as des ratés. La faute à qui ? A quoi ? A une tenue trop sexy ? A un baiser trop fougueux ? A un comportement détendu ? A ton statut de compagnon ?

Stop. Je t'arrête de suite. Et je t'envoie vers cette campagne anglo-saxonne.

Une femme peut s'habiller comme elle le sent. Imagine-toi dans la rue, tu t'es apprêté pour aller voir mamie Suzette, et qu'arrive à ton oreille ? « Hey M'sieur... HEY ! Vazy fais pas ton mystérieux là ! T'as vu comment t'es habillé ? Tu le cherches, traîné ! Aguicheur ! »

Ta femme peut ne pas être d'humeur. C'est pas parce que vous portez tous les deux une alliance que ses cuisses sont automatiquement devenues un open bar. Oui, j'avoue, avec ces conneries de devoir conjugual, ça peut te foutre le doute hein... mais non. Tant que ta femme ne fait pas la grève du sexe, tu te calmes. Et quand bien même, la solution n'est pas le viol non, c'est le dialogue.

Quoi ? Le dia-lo-gue. Oui. Rhaaa... je t'expliquerai après.

Une femme peut boire. Oui oui. Dis donc eh, elle peut même s'amuser, et sans toi ! 'Fin bref, si elle a un coup dans le nez, maman t'a bien élevé, tu n'abuses pas de la situation. Quoi ? Bien sûr qu'elle ne dit pas ''non''. Mais regarde son langage corporel. Regarde. Et imagine. Tu es rond comme une pelle. Une nana arrive. Elle te demande ta carte bleue. Tu ne lui donnes pas. Elle fouille ta veste, et tu ne réponds qu'un gargarisme croisé avec un chant religieux de Chewbaca. Trop tard. Ton compte est vidé.

Car oui, non contentes d'être de grosses salopes, on est vénales. Tu l'as pensé trop fort, mon gars.

Une femme peut avoir envie de t'embrasser, de se mettre contre toi, sans que ce soit un appel au sexe. Imagine, tu déposes un baiser sur les lèvres d'une nana, et là jbaaam, elle se jette sur toi et commence à déboutonner ta chemise, alors que... mais...

Dis donc...

Tu crois que je la vois pas, ta grosseur à l'entrejambe là ? T'es vraiment un porc.

Non. La tendresse ça existe aussi chez les mecs, arrête deux secondes.

'Fin tu vois.

Mais ce que tu ne vois peut-être pas, c'est qu'il y a un double tranchant à cette campagne.




Il est là, ton viol.

Cette campagne sous-entend que les hommes sont tous des violeurs en puissance.

Et là, je m'insurge.

Toi, tu vas lire les textes, et dire ''oui, c'est vrai''. Parce que vois-tu, tu es normal. Oh, ne t'emballe pas, tu rejoins les 95 autres pour-cents de la population masculine, qui elle aussi est normale.

Mais les 5 pour-cents restants, ils ne liront pas l'affiche. Ils regarderont les nanas. Leur cerveau s'emballera. Et la violence éclatera.

Un violeur n'a en aucun cas envie de faire l'amour. Il veut faire mal, humilier, écraser sa victime, la voir paniquer, la voir abandonner. Il veut briser une vie. Il veut avoir ce contrôle sur une existence qu'il aura gâchée.

Tu veux faire l'amour ? Celle-là ne veut pas ? Tu es normal ? Tu te rabats sur une autre. Tu vas voir une prostituée. Tu te masturbes. Tu te la colles sur l'oreille et la fumes plus tard. Bravo.

Le violeur, c'est pas ça qu'il veut.

C'est pas le sexe qui l'excite, c'est la larme qui naît au coin de l’œil de sa victime.

Et toi, mon brave, tu viens d'être lié à des raclures pareils.

Alors je te plains.

Oui, c'est pas facile d'être une nana, et de se dire à chaque fois qu'on sort, qu'on prend le métro, qu'on rentre le soir à la maison, que peut-être notre haut est trop décolleté ou notre foie trop imbibé.

Mais en toute honnêteté, ça doit pas être simple non plus d'être regardé de travers lorsqu'une rue est trop déserte ou d'être immédiatement accueilli par une agression lorsqu'on complimente une demoiselle.

Vraiment, oui, je te plains. Tu encaisses pour 5 % d'êtres malsains, qui souffrent d'une maladie mentale bien spécifique.

Pauvre homme.

Commentaires

  1. C'est MEGA délicat comme sujet ! Mais un point de vue rarement défendu.

    Malheureusement, c'est pas blanc et noir...

    Mais c'est ce genre de réflexions à contre sens qui font tout le charme du Coin Coin ;)

    Merci Hanyo...

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  2. Et pourtant, Dieu sait que sur le viol j'ai un avis TRES tranché de par mon vécu.

    Mais bon, faut aussi voir les choses de l'autre point de vue : celui des hommes qui sont craints parfois (souvent) sans raison...

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